Les Nouveaux Tirailleurs : Enrôlement systémique des jeunes africains dans les conflits extérieurs et souveraineté bafouée Open access

Charles GIMBA Magha-A-Ngimba ORCID Logo General El Hadji Babacar Faye ORCID Logo Dibocor Philippe Ngom ORCID Logo
Auteur : Professeur Charles GIMBA Magha-A-Ngimba
Affiliation : Université de Liverpool (Royaume-Uni) & Université de Kikwit (RD Congo)
E-mail : Non fourni
Auteur : Général El Hadji Babacar FAYE
Affiliation : Centre des Hautes Études de Défense et de Sécurité (CHEDS), Dakar
Institut de Défense et de Sécurité (IDS), Dakar
E-mail : Non fourni
Auteur : Dibocor Philippe NGOM
Affiliation : Programme Afrique de l’UPEACE, Dakar
E-mail : Non fourni
DOI https://doi.org/10.66699/yqcvt335


Cet article analyse le système d'enrôlement des jeunes Africains dans des conflits armés en dehors de leurs pays d’origines — Libye, Soudan, Ukraine et Grande Aire du Terrorisme — comme produit d'une triple défaillance structurelle : défaillance des États africains incapables d'offrir des perspectives économiques à leur jeunesse, demande organisée des belligérants étrangers qui externalisent délibérément la mort, et les limites du droit international humanitaire relatives à la question. Il propose le concept original de « mercenariat juvénile de substitution » en établissant un parallélisme entre sa continuité historique avec les tirailleurs sénégalais de l'ère coloniale. L’article enfin élabore sur quatre principaux théâtres d'enrôlement des combattants et formule une architecture de recommandations opérationnelles à quatre niveaux à savoir normatif, institutionnel, étatique et militaire.

1. Introduction

En mars 2023, des médias maliens et burkinabè documentaient le recrutement de jeunes hommes par des agents du groupe Wagner pour aller combattre sur le front ukrainien. En juillet de la même année, les Nations Unies publiaient un rapport sur les combattants sahéliens enrôlés par les Forces de soutien rapide soudanaises. À la même période, l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED) recensait plus de cinquante mille combattants africains actifs dans le seul théâtre libyen depuis 2011.1

Un rapport d’investigation de février 2026, The Business of Despair, publié par le groupe INPACT (All Eyes on Wagner), chiffre l’ampleur du phénomène : 1 417 Africains issus de 35 pays ont signé des contrats avec l’armée russe entre janvier 2023 et septembre 2025 ; plus de 300 morts dans les premiers mois, taux de mortalité de 22 %. Progression : 177 recrues en 2023, 592 en 2024, 647 en 2025.2

Ces données confirment ce que la littérature académique n’a pas encore pleinement théorisé : de jeunes Africains, recrutés sur le sol africain, déployés dans des conflits armés extérieurs, au service de belligérants étrangers qui les utilisent pour éviter d’exposer leurs propres ressortissants, dans un cadre juridique qui les laisse sans protection. Ce phénomène n’est ni marginal, ni spontané, ni nouveau dans sa logique profonde.

Il est la réactivation contemporaine d’une matrice historique précise, celle des tirailleurs sénégalais coloniaux, et le produit d’une triple défaillance structurelle que cet article se propose de théoriser, de documenter empiriquement et de soumettre à une analyse prescriptive.

Cet article argue que le mercenariat juvénile de substitution n’est pas un phénomène nouveau, marginal ou spontané. Il est la réactivation contemporaine d’une logique coloniale éprouvée — la logique du corps africain substituable — sous de nouvelles formes juridiques, économiques et technologiques.

L’analyse développée dans cet article se veut qualitative, utilisant une méthode de triangulation qui associe la recherche de terrain et l’analyse des documents. L’approche décolonisée utilisée dans l’approche analytique est dictée par la rigueur du terrain militaire et le recul de l’analyse géopolitique utilisé dans ce contexte. Ce modus operandi suggère qu’une analyse qui implique ce genre de questions recommande une combinaison d’au moins deux regards différents, mais complémentaires, qui ne peuvent pas être isolés. L’approche analytique décoloniale développée dans cet article mélange deux regards, à savoir militaire et géopolitique.

Le développement de cet article s’articule autour de cinq axes comprenant la mise en évidence de la matrice coloniale et de son inversion contemporaine, la construction du concept de « mercenariat juvénile de substitution », la cartographie empirique des quatre théâtres principaux, l’analyse de la triple défaillance systémique, et la formulation d’une architecture de recommandations opérationnelles.

2. De la matrice coloniale à l’inversion contemporaine

2.1 Le décret de Plombières et la logique du corps substituable

Le 21 juillet 1857, Napoléon III signe à Plombières-les-Bains un décret instituant le corps des tirailleurs sénégalais, sous le gouverneur Faidherbe. Son article premier est d’une clarté clinique : constituer des troupes africaines pour assurer « la conquête et la pacification » de l’empire colonial.3 Ce texte fonde une logique que nous appellerons la « logique du corps substituable » : exposer délibérément des Africains dans des théâtres jugés trop dangereux, trop climatiquement hostiles ou trop politiquement coûteux pour les soldats métropolitains.

Cette logique s’inscrit dans une généalogie institutionnelle que Ndao reconstitue avec précision : dès 1817, à la restitution du Sénégal après le Congrès de Vienne, la France restructure son armée coloniale en s’appuyant sur des compagnies noires. En 1822 sont créés les bataillons de Gorée et du Sénégal. En 1843, le corps des Spahis sénégalais est institué pour sécuriser les routes commerciales contre les incursions maures, et participe dès 1854 à la guerre de Crimée, première projection internationale de combattants africains dans une guerre européenne.4

C’est le général Mangin qui théorisera avec le plus d’explicitation cynique cette logique dans La Force noire (1910) : constituer une « réserve inépuisable » africaine pour compenser la dénatalité française et réduire les pertes métropolitaines.5 Le résultat est connu : durant la Grande Guerre, la France mobilise cent trente-quatre mille tirailleurs sénégalais, engagés dans des conditions d’une dureté extrême — froid, équipement inadapté, environnement étranger — sur des théâtres où leur mort est statistiquement anticipée et politiquement absorbable.6

2.2 Les trois mécanismes du recrutement colonial

Ndao identifie trois modes de recrutement des tirailleurs dont la structure demeure analytiquement opératoire pour lire les filières contemporaines.7

Le premier est le volontariat apparent : engagement officiellement libre, alimenté par l’engouement des ressortissants des Quatre Communes désireux de consolider leur citoyenneté française. Ce volontariat est dès l’origine structurellement contraint : l’absence d’alternative économique rend le consentement formel, non substantiel. La distinction entre choix libre et contrainte structurelle est analytiquement capitale — elle se retrouve identique dans les recrutements contemporains.

Le deuxième mode est le recrutement par les chefs coutumiers et religieux, chargés de livrer des contingents à l’administration coloniale. Ce système de sous-traitance de la coercition, sous forme d’agences, institutionnalise la complicité des autorités intermédiaires et fragilise les liens de confiance entre populations et chefferies. Sa réplique contemporaine est le réseau tribal d’intermédiaires utilisé par les Forces de Soutien Rapide (FSR) soudanaises et les groupes djihadistes sahéliens.

Le troisième — et le plus significatif — est la conscription, rendue obligatoire par décret d’août 1912 pour tout Africain âgé de 20 à 28 ans, sous la recommandation de Mangin. Sa mise en œuvre est décrite comme une « véritable chasse à l’homme » provoquant révoltes et soulèvements. Le continuum entre contrainte molle (absence d’alternative), contrainte sociale (pression des chefs) et contrainte physique (rafle) que cette histoire révèle est précisément celui qui structure les recrutements contemporains.

Le Général Faye formule une mise en parallèle analytiquement décisive de ces trois mécanismes avec leurs équivalents contemporains :8 le volontariat apparent persiste, sous la forme de la Légion étrangère française, cadre légal et encadré qui demeure une option réelle pour certains jeunes Africains. Le recrutement par les chefs coutumiers a été remplacé par des agences de voyage fictives, des influenceurs sur les réseaux sociaux et des intermédiaires contre avantages en nature ; même procédé, nouvel habillage. Quant à la conscription, elle a muté en une forme radicalement plus sophistiquée : une tromperie organisée dans laquelle les victimes s’inscrivent elles-mêmes pour un service qu’elles ignorent : des contrats en russe signés sans traduction ni avocat, des passeports confisqués à l’arrivée, et des primes de 13 000 dollars promises et jamais versées.9

2.3 La littérature classique et son angle mort

La période 1960–2000 a vu émerger une forme de mercenariat qui inverse en apparence la logique coloniale : des combattants occidentaux déployés en Afrique pour le compte de gouvernements ou d’entreprises. Les travaux de Singer, Percy et Kinsey ont théorisé cette forme avec rigueur,10,11 construisant un cadre centré sur les sociétés militaires privées, leur degré de participation directe aux combats et leur positionnement dans l’économie de la violence organisée.

Ce cadre reste analytiquement solide pour son objet d’étude. Il est cependant structurellement aveugle à ce que nous observons depuis 2011 : une inversion du flux. Ce ne sont plus des Occidentaux qui viennent combattre en Afrique au service de gouvernements africains. Ce sont des Africains, jeunes, précaires, démographiquement abondants, qui sont recrutés pour combattre dans des guerres extérieures à leur milieu d’appartenance et au continent, au service de puissances et d’intérêts qui leur sont entièrement étrangers.

Kaldor avait bien anticipé la décentralisation de l’économie de la guerre,12 mais sans théoriser la dimension raciale et démographique de l’enrôlement. Mbembe et Fanon apportent ici ce que la littérature stratégique n’a pas révélé :13,14 il s’agit de la lecture du corps africain comme zone de nécropolitique externalisée — un corps dont la mort est politiquement invisible dans les sociétés qui la commanditent, et dont l’instrumentalisation est structurée par des siècles de déni de souveraineté.15

3. Le concept de « mercenariat juvénile de substitution »

3.1 Définition et caractéristiques constitutives

Nous définissons le mercenariat juvénile de substitution comme l’enrôlement organisé de jeunes Africains (15–35 ans) dans des conflits hors du continent ou dans des zones de terrorisme structuré en Afrique. Ce dispositif permet à des belligérants étrangers de sous-traiter la violence afin d’éviter l’exposition de leurs propres ressortissants, capitalisant ainsi sur la défaillance des États d’origine et les vides du droit international humanitaire.

Ce concept se distingue du mercenariat classique, et des catégories juridiques existantes, par trois caractéristiques constitutives et indissociables, dont aucune prise isolément n’est suffisante pour caractériser le phénomène :

Tableau 1 Caractéristiques constitutives du mercenariat juvénile de substitution
Dimension Contenu analytique
La substitution Ces jeunes remplacent des soldats que les belligérants refusent d’exposer politiquement. La rationalité est froide : pas de « body bags » domestiques, pas de cérémonie officielle, pas de pression des familles sur les gouvernements. Le corps africain mort est comptablement invisible dans les démocraties ou les régimes autoritaires qui commanditent ces recrutements. La substituabilité n’est pas accidentelle — elle est l’objectif.
La juvénilité cible La cible est délibérément la jeunesse africaine : 15–35 ans, masculinité non canalisée par l’État, absence de filets de sécurité économique et sociale. Cette cible démographique n’est pas un hasard : elle correspond au moment de la vie où la vulnérabilité économique est maximale et où la capacité de résistance aux promesses des enrôleurs est minimale.
La systémicité Ce n’est pas un recrutement individuel opportuniste mais un marché structuré : filières organisées, prix standardisés, intermédiaires spécialisés, demande croissante sur plusieurs théâtres simultanément. Il existe une économie politique du mercenariat juvénile africain, avec des acteurs, des capitaux, des flux et une logique d’accumulation.
Note : les trois dimensions sont constitutives et indissociables ; aucune, prise isolément, ne suffit à caractériser le phénomène.

3.2 La continuité historique comme argument scientifique

L’expression « Nouveaux Tirailleurs » n’est pas une métaphore rhétorique : elle est scientifiquement fondatrice. Elle postule une continuité structurelle — non superficielle — entre la figure historique du tirailleur colonial et le combattant africain mercenaire contemporain. Cette continuité repose sur un invariant : la logique du corps substituable qui traverse les formes et les époques.

Ce qui a changé est réel mais superficiel : le mécanisme d’enrôlement (réseaux sociaux et intermédiaires tribaux vs. chefs coutumiers et conscription), le cadre juridique (contrat mercenaire vs. décret impérial), les opérateurs (Wagner, Légions internationales, groupes djihadistes vs. armée coloniale française). Ce qui n’a pas changé est essentiel : un jeune homme africain, arraché à sa société par le manque et la promesse, envoyé mourir dans une guerre qui ne le concerne pas, au service d’intérêts qui le réduisent à sa valeur combattante.

Soutenir cette continuité n’est pas céder à un déterminisme historique mélancolique. C’est identifier avec précision le mécanisme à briser. On ne peut pas construire une politique de protection efficace sans avoir d’abord nommé la logique profonde qu’il s’agit de contrer.

4. Cartographie empirique : quatre théâtres, un phénomène

4.1 La Libye (2011–2026) : le laboratoire inaugural

La Libye constitue le premier grand laboratoire du mercenariat juvénile de substitution dans sa forme contemporaine. Depuis l’effondrement du régime Kadhafi en 2011, le pays est devenu un marché de la guerre ouvert sur le Sahel, aspirant des combattants tchadiens, soudanais, maliens, nigériens et darfouriens dans les deux camps successifs du conflit libyen.16

Les données ACLED documentent des flux de plusieurs dizaines de milliers de combattants africains sur la période 2011–2026, distribués entre les différentes factions en présence.17 La Turquie a recruté massivement des combattants africains pour soutenir le Gouvernement d’accord national (GAN) de Tripoli. Les Émirats arabes unis, soutenus par la Russie via les réseaux Wagner, approvisionnaient en parallèle les forces du maréchal Haftar. Les deux camps utilisent la même logique : l’externalisation du risque mortel vers des combattants africains dont la mort ne génère aucun coût politique domestique.

Le profil-type du combattant libyen africain est documenté par l’Institute for Security Studies (ISS) :18 homme de 18 à 30 ans, originaire d’une zone rurale affectée par la sécheresse ou le conflit, recruté par un intermédiaire tribal contre une promesse de rémunération mensuelle entre 500 et 1 500 dollars, cinq à quinze fois le revenu agricole local. À cet argument financier s’ajoute systématiquement une promesse migratoire : l’enrôlement est présenté comme un « passage » vers l’Europe par la Libye, transformant le recruteur en passeur contraint et le combattant en migrant armé.

4.2 Le Soudan (2023–) : le Darfour, plaque tournante régionale

Le conflit entre les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) du général Hemeti, déclenché en avril 2023, a immédiatement réactivé les filières de recrutement transsaharien héritées des conflits darfouriens des années 2000. La continuité des réseaux est documentée : les mêmes intermédiaires tribaux arabes qui recrutaient pour les Janjawids recrutent aujourd’hui pour les FSR.19

Les Nations Unies ont documenté des recrutements au sein de communautés pastorales nomades traversant les frontières sahéliennes, ciblant des hommes jeunes qui ne disposent d’aucune autre source de revenus en période de sécheresse. Une particularité économique remarquable peut être observée : les FSR ont développé un modèle de rémunération en nature, pillage autorisé, attribution de terres, accès aux ressources des zones occupées. Ce modus operandi des FSR contourne les difficultés de transfert monétaire liées aux sanctions internationales et permet de maintenir l’offre de combattants même en période de crise de liquidités.

Cette innovante économie de guerre révèle la sophistication du marché : les belligérants africains et leurs commanditaires extérieurs adaptent leurs mécanismes de rémunération aux contraintes du terrain, démontrant la nature pleinement structurée — et non spontanée — du recrutement.

4.3 L’Ukraine (2022–) : l’Afrique dans la guerre russo-européenne

Le déploiement de combattants africains en Ukraine représente la manifestation la plus spectaculaire de l’inversion contemporaine. Pour la première fois depuis les tranchées de 1914–1918, de jeunes Africains combattent massivement sur sol européen, non pas sous pavillon colonial français, mais sous commandement russe via le groupe Wagner/Africa Corps, ou comme volontaires dans la Légion internationale ukrainienne.20

Le groupe Wagner/Africa Corps a recruté activement au Mali, au Burkina Faso et en République centrafricaine entre 2022 et 2024. Les conditions de recrutement documentées par l’enquête INPACT et les témoignages de CNN recueillis auprès de combattants ghanéens, nigérians, kényans et ougandais encore en Ukraine indiquent que21,22 une prime à la signature de 13 000 dollars, des salaires mensuels entre 2 500 et 5 000 dollars étaient promis aux recrues pour un déploiement systématique en premières lignes. La réalité documentée contredit les promesses : passeports confisqués à l’arrivée, contrats militaires signés en russe sans traduction ni avocat. Le taux de mortalité sur les quatre premiers mois atteint 42 % selon certaines sources — contre 22 % sur l’ensemble de la période.

Le cas ghanéen illustre le modus operandi avec une précision glaçante. Quatorze jeunes Ghanéens ont quitté le Ghana pour la Russie via le Togo en août 2024, persuadés de trouver un emploi bien rémunéré. À leur arrivée à Kostroma, les autorités militaires russes leur ont fait signer ce qu’ils croyaient être un contrat de travail — qui s’est révélé être un engagement militaire. Le Ghana représente aujourd’hui 16 % de toutes les recrues africaines dans l’armée russe, avec 55 Ghanéens tués au combat. Un décret de Poutine du 5 novembre 2025 aggrave la situation. Selon ledit décret présidentiel n° 821, signé par Vladimir Poutine le 5 novembre 2025, intitulé « Sur la procédure temporaire d’admission à la citoyenneté et de délivrance des permis de séjour », ce texte gèle les voies civiles de régularisation : il stipule que tout homme étranger en âge de servir (18 à 65 ans) doit impérativement fournir une attestation de service militaire dans les forces armées russes pour espérer obtenir ou renouveler un permis de séjour, ou prétendre à la naturalisation.

Ce phénomène met en évidence une dimension géopolitique déjà soulevée par les travaux de Dibocor Ngom.23 Selon ce dernier, l’Afrique n’est plus simplement un théâtre de rivalités entre puissances. Elle est devenue une « ressource humaine militaire » que ces puissances mobilisent pour leurs propres guerres. La souveraineté africaine est bafouée doublement : d’abord parce que les États africains ne peuvent pas retenir leur jeunesse, puis parce que des puissances étrangères organisent le recrutement de citoyens africains sur sol africain sans contrainte juridique ni politique.

4.4 La Grande Aire du Terrorisme : l’enrôlement semi-contraint

Dans le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), comme dans le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), la frontière entre adhésion idéologique, recrutement économique et coercition directe est systématiquement brouillée — ce brouillage n’est pas accidentel, il est constitutif de la stratégie de recrutement de ces organisations.24

Les données de l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED) distinguent trois profils de recrues dans ces organisations. Il y a d’abord les convaincus idéologiques (minoritaires dans les zones sahéliennes mais plus présents dans les zones périurbaines), ensuite les recrutés économiques (majoritaires dans les zones rurales frappées par la pauvreté et la sécheresse), et enfin les contraints par la violence directe (significatifs dans les zones de contrôle territorial).25 L’analyse empirique montre que ces catégories sont fluides, c’est-à-dire qu’un recrutement économique peut évoluer vers une adhésion idéologique, et la contrainte directe peut masquer un recrutement initialement présenté comme volontaire.

Le profil du combattant sahélien synthétise toutes les dimensions de la vulnérabilité structurelle : homme de 15 à 28 ans, déscolarisé avant le collège, fils de famille rurale touchée par la sécheresse ou le conflit, sans accès au crédit, à la terre ou à l’emploi formel. Pour ce profil, le groupe armé offre ce que l’État n’offre pas, à savoir : une appartenance, un revenu, une arme et une identité. Dans ce contexte, l’enrôlement n’est pas vu comme une défaillance morale individuelle, mais comme une réponse rationnelle à un espace de choix radicalement réduit par la défaillance étatique.

5. La défaillance des États africains

5.1 La violence structurelle qui enrôle

La première composante de la triple défaillance est la plus fondamentale. Il s’agit de la défaillance des États africains à offrir des perspectives économiques, éducatives et sociales à leur jeunesse. Il sied de noter que dans plusieurs États sahéliens, le taux de chômage des personnes de 15–35 ans dépasse 60 % dans les zones urbaines secondaires.26 Dans les zones rurales affectées par les conflits et la sécheresse, cette notion est structurellement non mesurable ; ce qui signifie que l’économie formelle y est simplement absente.

Les données comparatives Ghana-Sénégal documentées par la Banque Mondiale27 et le Centre des Hautes Études de Défense et de Sécurité / Institute for Development Studies (CHEDS/IDS)28 illustrent cette réalité avec une précision saisissante. Au Ghana, par exemple, le taux de chômage des jeunes atteint 49,3 % dans le Grand Accra au troisième trimestre 2025 — soit un jeune sur deux dans la capitale sans emploi. Au Sénégal, 34,4 % des 15–24 ans sont classés ni en emploi, ni en éducation, ni en formation (NEET), avec un taux de 43,8 % en milieu rural. Quatre-vingt-dix pour cent des jeunes Sénégalais opèrent dans l’économie informelle. Ces deux pays, l’un anglophone et démocratique, l’autre francophone et réputé stable, démontrent que la vulnérabilité structurelle n’est pas le monopole des États faillis ; elle traverse toute l’Afrique de l’Ouest.29

Cette défaillance est ce que Galtung appelle une violence structurelle. C’est une configuration sociale qui produit des souffrances et des contraintes sans qu’aucun acteur singulier n’en soit l’auteur direct identifiable.30 Elle se distingue de la violence directe (un acteur fait du mal à un autre) et de la violence culturelle (les normes légitiment la violence directe ou structurelle). La violence structurelle est ici le terreau du mercenariat en ce sens qu’elle crée les conditions dans lesquelles l’enrôlement, même dans des conflits mortels et étrangers, apparaît comme une option rationnelle pour des jeunes hommes sans alternative.

Nkrumah avait diagnostiqué les fondements structurels de cette situation dès 1965 dans son analyse du néo-colonialisme.31 Selon lui, l’absence d’industrialisation africaine, la dépendance aux exportations de matières premières et le maintien de structures économiques extraverties produisent mécaniquement l’excédent de main-d’œuvre non qualifiée que les belligérants étrangers convertissent en chair à canon. Soixante ans après les indépendances, ce diagnostic conserve une pertinence directe et dérangeante.

5.2 La demande des belligérants étrangers : la rationalité de l’externalisation

La deuxième composante est la demande organisée des belligérants étrangers. Elle obéit à une rationalité froide et documentée qu’Avant et Cockayne ont analysée sous l’angle de la market logic de la sécurité privatisée ;32 il s’agit d’externaliser la mort pour la rendre politiquement supportable à domicile. L’absence de rapatriement sous drapeau, de cérémonie officielle et de pression des familles sur les gouvernements rend le corps africain mort comptablement invisible dans les sociétés qui commanditent ces recrutements.

Cette rationalité opère différemment selon les types de belligérants. Dans les démocraties occidentales qui tolèrent ou encouragent discrètement le recrutement africain — via des Légions internationales ou des entreprises de sécurité — l’externalisation est une réponse à la pression de l’opinion publique sur les pertes militaires nationales. Dans les régimes autoritaires comme la Russie ou les Émirats arabes unis, elle est doublement stratégique : elle réduit les pertes politiquement visibles et elle finance des filières d’influence sur le continent africain, convertissant le recrutement en outil de politique étrangère.

Les travaux conjoints du Centre des Hautes Études de Défense et de Sécurité (CHEDS) et de l’Institute for Development Studies (IDS) documentent la dimension multipolaire de cette demande de sécurité.33 La Chine y a développé un modèle radicalement différent, refusant le recrutement direct de mercenaires africains. Sa stratégie repose plutôt sur une pénétration infrastructurelle et doctrinale méthodique : formation annuelle de 2 000 officiers africains, contrôle de 70 % de l’infrastructure 4G par la firme Huawei, et fourniture de véhicules blindés à près de 70 % des armées du continent.

À l’inverse, d’autres puissances émergentes privilégient la sous-traitance cinétique. La Turquie, par l’intermédiaire de sa société militaire privée SADAT International Defense Consultancy, déploie des combattants de substitution ; l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH) a ainsi documenté l’envoi d’au moins 1 100 mercenaires syriens au Niger au cours de l’année 2024 pour sécuriser les sites miniers et énergétiques turcs.34 Parallèlement, les Émirats arabes unis s’imposent comme le banquier de cette architecture multipolaire en finançant massivement des flottes de drones tactiques et des factions armées locales, un rôle régulièrement dénoncé par les panels d’experts des Nations unies.35 Ce tableau confirme que la demande de combattants n’est plus un monopole russe : elle s’est imposée comme une structure permanente du marché international de la sécurité en Afrique.

La demande est structurée et durable : elle ne réagit pas aux conflits au coup par coup, mais entretient des réseaux permanents — intermédiaires tribaux rémunérés, bureaux de recrutement déguisés en agences d’emploi, présence sur les réseaux sociaux des zones de pauvreté. Cette permanence de l’offre est ce qui fait du mercenariat juvénile africain un marché plutôt qu’un phénomène circonstanciel.

5.3 Le vide juridique : une protection fantôme

La troisième composante est juridique. Le droit international humanitaire existant est structurellement inadapté à la réalité du mercenariat juvénile africain contemporain — non par insuffisance de bonne volonté des rédacteurs, mais parce que ces instruments ont été conçus pour un phénomène différent.

L’article 47 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève (1977) définit le mercenaire selon six conditions cumulatives.36 Parmi elles : être spécialement recruté pour le conflit, prendre directement part aux hostilités, être motivé essentiellement par le désir d’un gain privé, et être rémunéré nettement supérieurement aux combattants nationaux. Ces conditions, pensées pour le mercenaire européen des années 1970, échouent à qualifier les combattants africains contemporains pour trois raisons : le gain privé est souvent une promesse non tenue et non quantifiable ; la rémunération est parfois inférieure à celle de soldats nationaux mal payés ; et la condition de participation directe aux hostilités est difficile à établir pour des combattants utilisés massivement comme chair à canon.

La Convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires, adoptée par les Nations Unies en 1989,37 n’améliore pas sensiblement la situation. Son article 1er reproduit l’essentiel de la définition de 1977, sans résoudre les problèmes de preuve et sans créer de mécanisme de protection pour les victimes de recrutement forcé. Le Groupe de travail des Nations Unies sur les mercenaires a lui-même constaté en 2019 que les instruments existants « ne correspondent plus aux réalités contemporaines du recrutement de combattants dans les conflits armés ».38

Le résultat est saisissant : les jeunes Africains enrôlés dans les conflits extérieurs ne bénéficient d’aucun statut protecteur. Ni combattants légaux bénéficiant des droits des prisonniers de guerre. Ni mercenaires qualifiés (la définition est inapplicable). Ni civils protégés. Leur protection juridique est structurellement nulle — un déni de statut qui les expose à être tués, emprisonnés, torturés ou abandonnés sans aucune possibilité de recours judiciaire.

6. Vers une doctrine africaine de protection

6.1 L’effet de retour : une déstabilisation différée

Avant de formuler des recommandations, il faut mesurer l’enjeu supplémentaire que constitue l’effet de retour. Le regard comparatif sur l’histoire des tirailleurs renseigne que les combattants qui reviennent ne sont pas les mêmes que ceux qui sont partis. Mann a documenté avec précision l’effet déstabilisateur des retours après 1918 :39 c’étaient des hommes porteurs d’armes, de traumatismes de guerre, ayant perdu leur déférence envers les autorités locales et les structures coloniales. Ces anciens combattants ont alimenté les premiers nationalismes africains tout en constituant des foyers d’instabilité locale.

Les retours libyens après 2011 ont reproduit exactement ce mécanisme : des flux d’armes légères et des combattants aguerris réintégrés dans des zones déjà fragiles ont directement alimenté la déstabilisation du Mali, du Niger et du Tchad. Les retours soudanais et ukrainiens de demain pourront re-/produire les mêmes effets avec un décalage temporel. Les États africains importent ainsi les passifs des conséquences de conflits dans lesquels ils n’ont aucun intérêt stratégique.

6.2 Architecture de recommandations à quatre niveaux

Face à la triple défaillance structurelle identifiée, une réponse fragmentaire serait inefficace. Nous proposons une architecture à quatre niveaux articulés, dont l’efficacité dépend de leur mise en cohérence simultanée. L’Union africaine, les États membres, les armées africaines et la communauté internationale sont chacun interpellés à leur niveau de responsabilité.

Niveau 1 — Normatif : une convention africaine spécifique

Face à l’inadaptation structurelle de la Convention des Nations Unies de 1989, il appartient à l’Union africaine et à ses États membres de combler ce vide juridique par un instrument régional contraignant. Une future Convention africaine sur la protection de la jeunesse contre le mercenariat de substitution devrait s’articuler autour de quatre piliers majeurs :

L’autonomie juridique : définir le mercenariat juvénile de substitution comme une catégorie juridique autonome, en s’affranchissant des six conditions cumulatives — aujourd’hui inapplicables — imposées par l’article 47 du Protocole additionnel I de 1977 aux Conventions de Genève. La criminalisation : ériger le recrutement de jeunes Africains pour des conflits extérieurs en une infraction pénale internationale, engageant la responsabilité directe des États recruteurs et de leurs réseaux d’intermédiaires. La justice réparatrice : instituer un mécanisme de réparation et d’indemnisation obligatoire en faveur des victimes survivantes et de leurs familles. La contrainte administrative : mettre à la charge des États d’accueil des combattants une obligation stricte de notification officielle et de rapatriement humanitaire.

Le modèle sud-africain offre la référence législative continentale la plus avancée : le National Conventional Arms Control Committee (NCACC) soumet tout engagement militaire étranger à autorisation préalable. L’Australie dispose depuis 1978 d’une loi réprimant le recrutement de mercenaires sur son territoire, avec des peines allant jusqu’à 14 ans d’emprisonnement pour les combattants et 7 ans pour les recruteurs. Ces deux modèles sont directement transposables au contexte ouest-africain. Par ailleurs, il convient d’exiger que tout contrat impliquant un service militaire pour une entité étrangère soit traduit, notarié et approuvé par une autorité consulaire nationale — mesure simple qui aurait empêché les 14 Ghanéens de Kostroma de signer leur engagement à leur insu.

Niveau 2 — Institutionnel : une cellule de veille continentale

Le Centre africain d’études pour la sécurité et la transformation (CAERT) pourrait être mandaté et financé pour exercer une veille systématique sur les filières de recrutement mercenaire — cartographiant en temps réel les zones de recrutement actif, les intermédiaires opérationnels, les théâtres de destination, les flux financiers associés et les profils des recrues. Cette cellule produirait des alertes précoces permettant aux États d’intervenir avant que les filières ne se structurent et ne deviennent irréversibles.

Niveau 3 — Étatique : des plans nationaux de résilience juvénile

La réponse étatique décisive est une contre-offre. Si les États africains ne peuvent pas concurrencer les enrôleurs sur le plan de la rémunération immédiate, ils peuvent proposer ce que les enrôleurs ne peuvent pas offrir ; c’est-à-dire une perspective crédible. Ki-Zerbo avait raison d’identifier l’éducation comme l’enjeu existentiel du développement africain.40 Un jeune homme correctement formé, inséré dans une économie locale dynamique et disposant d’un filet de sécurité minimal n’est structurellement pas un candidat au mercenariat.

Ces plans de résilience juvénile doivent intégrer trois composantes, à savoir : des programmes massifs d’insertion et d’intégration économique ciblés sur les zones de recrutement identifiées par la veille continentale ; des dispositifs d’alerte communautaire lorsque des recruteurs sont actifs dans une zone ; et des mécanismes de réintégration psychologique et économique pour les combattants de retour, afin de briser le cycle de la déstabilisation différée.

Niveau 4 — Militaire : une doctrine de souveraineté humaine

La réponse militaire au mercenariat juvénile de substitution est la moins théorisée des quatre niveaux — et probablement la plus décisive. Elle suppose que les armées africaines cessent de traiter ce phénomène comme un problème de police ou de politique sociale, pour le reconnaître comme une menace stratégique directe à la souveraineté nationale. Un État qui ne contrôle pas l’emploi de ses ressources humaines militaires potentielles ne contrôle pas sa puissance ni sa sécurité.

Le concept de souveraineté humaine dans le contexte de cette analyse est entendu comme cadre doctrinal opératoire.41 La souveraineté humaine désigne la capacité effective d’un État à exercer un contrôle sur l’utilisation de ses ressources humaines — y compris à empêcher leur enrôlement par des acteurs extérieurs sur son propre sol. Elle constitue une dimension constitutive de la souveraineté au même titre que le contrôle territorial, monétaire ou naturel. Un État qui laisse des puissances étrangères recruter librement sa jeunesse sur son territoire a abdiqué, sur ce point précis, un attribut fondamental de sa souveraineté.

6.3 Les lacunes doctrinales des armées africaines

Les armées africaines présentent, à des degrés variables, quatre lacunes doctrinales structurelles face au phénomène du mercenariat juvénile.42

La première est l’absence de cadre de détection : aucune armée africaine ne dispose aujourd’hui d’un dispositif de renseignement spécifiquement dédié à l’identification des filières de recrutement mercenaire actives sur son territoire. Les services de renseignement militaire existants sont orientés vers les menaces armées conventionnelles et les groupes djihadistes — non vers les réseaux d’enrôlement civil qui opèrent légalement en surface (agences d’emploi, intermédiaires tribaux, plateformes numériques).

La deuxième lacune est l’absence de coopération interarmées structurée sur cette question. Les filières de recrutement mercenaire sont transfrontalières par nature : un recruteur basé au Niger peut enrôler des combattants maliens pour un conflit libyen via des intermédiaires tchadiens. Cette architecture transfrontalière exige une réponse coordonnée que les mécanismes existants — G5 Sahel, CEDEAO — n’ont pas été conçus pour produire.

La troisième est le paradoxe des ressources humaines militaires : les États dont les armées sont les plus démunies en effectifs qualifiés sont précisément ceux dont les jeunes hommes sont les plus massivement recrutés par des acteurs extérieurs. Le mercenariat juvénile prive ces armées de leur vivier de recrutement potentiel au moment même où elles en ont le plus besoin. Ce cercle vicieux n’est jamais traité comme une question doctrinale — il devrait l’être.

La quatrième lacune est l’absence de doctrine de réinsertion et de réintégration des combattants de retour. Les anciens mercenaires qui rentrent sont porteurs d’armes, de savoir-faire militaires acquis hors de tout cadre national, et fréquemment de traumatismes non traités. Aucune armée africaine ne dispose d’un protocole formel de désarmement, démobilisation, réinsertion et réintégration spécifiquement adapté à ce profil.

6.4 Proposition doctrinale : quatre piliers pour une doctrine de souveraineté humaine

La doctrine de souveraineté humaine que nous proposons repose sur quatre piliers opérationnels, pensés comme un système cohérent et non comme des mesures isolées.

Le premier pilier est la détection et cartographie des filières : intégrer dans les missions de renseignement militaire de chaque État africain un mandat explicite de surveillance des réseaux de recrutement mercenaire. Cette mission doit être confiée à des unités spécialisées capables de surveiller les plateformes numériques, les mouvements de populations dans les zones frontalières et les flux financiers liés au recrutement.

Le deuxième pilier est la coopération interarmées africaines sur le recrutement mercenaire. Nous proposons la création d’une Cellule de Renseignement Partagé sur le Mercenariat (CRPM) au sein de l’architecture sécuritaire de l’Union Africaine, adossée au CAERT. Cette cellule recevrait les signaux de chaque armée nationale, les croiserait et émettrait des alertes précoces vers les États concernés. Sa valeur ajoutée est précisément transfrontalière — là où les armées nationales sont structurellement aveugles.

Le troisième pilier est la criminalisation nationale du recrutement : chaque État africain doit adopter une législation nationale spécifique érigeant le recrutement de citoyens nationaux pour des conflits armés étrangers en infraction pénale imprescriptible. Cette loi doit viser les recruteurs, les intermédiaires et les financeurs — pas seulement les recrues, qui sont d’abord des victimes de la défaillance structurelle de leur État.

Le quatrième pilier est un protocole de Désarmement, Démobilisation, Réintégration et Rapatriement (DDRR) adapté aux combattants de retour : démobilisation, désarmement, prise en charge psychologique, rééducation sociale et réintégration économique. Ce protocole, inexistant aujourd’hui,43 doit être conçu au niveau continental et décliné par chaque État selon ses capacités. Son absence est l’angle mort le plus dangereux : c’est elle qui permet au cycle de la déstabilisation différée de se reproduire indéfiniment.

6.5 La responsabilité institutionnelle de l’UA et de la CEDEAO

L’Union Africaine et la CEDEAO portent une responsabilité institutionnelle directe dans cette lacune.44 Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a constaté l’ampleur du phénomène en 2020 sans créer d’obligation contraignante. La CEDEAO, dans ses protocoles sur la libre circulation des personnes, n’a pas anticipé l’usage mercenaire de cette liberté de mouvement. Le G5 Sahel, dans ses documents fondateurs, ne comporte aucune disposition relative à la protection des ressortissants nationaux contre le recrutement mercenaire.

Cette accumulation de silences institutionnels n’est pas anodine : elle révèle que la question du mercenariat juvénile n’a pas encore été intégrée dans les catégories de pensée stratégique des institutions panafricaines. La proposition doctrinale suggérée par cette analyse vise précisément à combler ce vide conceptuel — avant que l’ampleur du phénomène ne rende toute réponse institutionnelle tardive et insuffisante.

7. Conclusion

En 1857, Napoléon III signait à Plombières le décret instituant les tirailleurs sénégalais — jeunes Africains envoyés mourir dans les guerres coloniales européennes. En 2023, des jeunes Maliens, Burkinabè et Centrafricains signaient des contrats avec Wagner pour aller mourir dans les tranchées ukrainiennes. Parmi eux : 14 Sénégalais, dont 6 sont morts au combat, âgés de 25 à 37 ans. Cent soixante-six ans séparent ces deux événements. La structure est identique.

L’argument central de cet article est que le mercenariat juvénile de substitution n’est pas un phénomène nouveau, marginal ou spontané. C’est la réactivation contemporaine d’une logique coloniale éprouvée — la logique du corps africain substituable — sous de nouvelles formes juridiques, économiques et technologiques. Les réseaux sociaux ont remplacé les rafles coloniales. Les contrats mercenaires ont remplacé les décrets impériaux. Les promesses migratoires ont remplacé les menaces des chefs de villages. Mais le résultat est identique : un jeune homme africain, arraché à sa société par le manque et la promesse, exposé à la mort dans une guerre qui ne le concerne pas, au bénéfice d’intérêts qui le réduisent à sa valeur combattante.

La triple défaillance que cet article identifie — à savoir défaillance des États, demande organisée des belligérants, vide juridique — n’est pas une fatalité. C’est une configuration politique, modifiable par des décisions politiques. L’architecture de recommandations suggérée à cet effet offre une panacée qui prend en compte quatre niveaux articulés, à savoir : convention africaine, veille institutionnelle, résilience juvénile, doctrine de souveraineté humaine. C’est une approche réaliste, opérationnalisable et urgente.

La passivité des États africains, de l’Union africaine et de la communauté internationale n’est pas une posture neutre. Elle paraît plutôt comme une complicité objective. Chaque jeune Africain qui part mourir en Ukraine, en Libye ou au Soudan sans que personne n’ait bougé pour l’en empêcher est une défaillance collective de souveraineté. La doctrine de souveraineté humaine que nous proposons dit simplement ceci : un État africain qui ne peut pas protéger ses jeunes hommes de l’enrôlement mercenaire sur son propre sol n’est pas encore pleinement souverain. Et l’Afrique, soixante ans après les indépendances, mérite d’être pleinement souveraine.

  1. ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project), Africa Conflict Tracker: Foreign Fighter Dynamics (Baltimore : ACLED, 2025). Les données ACLED constituent la source quantitative la plus systématique sur la présence de combattants africains dans les conflits extérieurs sur la période 2011--2026.
  2. INPACT (All Eyes on Wagner), « The Business of Despair : African Recruitment in the Russian Armed Forces 2023--2025 », rapport d’investigation, février 2026. Selon ce rapport, 1 417 Africains issus de 35 pays ont signé des contrats avec l’armée russe entre janvier 2023 et septembre 2025. Plus de 300 sont morts dans les premiers mois de déploiement, soit un taux de mortalité de 22 %. La progression est alarmante : 177 recrues en 2023, 592 en 2024, 647 en 2025. Disponible sur : adf-magazine.com
  3. Myron Echenberg, Colonial Conscripts: The Tirailleurs Sénégalais in French West Africa, 1857--1960 (Portsmouth : Heinemann, 1991), 7--9. Le décret fondateur du 21 juillet 1857, signé à Plombières-les-Bains, stipule en son article premier : « Il sera formé au Sénégal un corps d’infanterie indigène sous la dénomination de tirailleurs sénégalais. »
  4. Mor Ndao et Jean-Michel Rouyer, Autour des tirailleurs sénégalais de 14-18 : mémoire locale, mémoire globale (Dakar : \[éditeur à confirmer\], \[date à confirmer\]), chapitre « L’enrôlement et la participation des Africains ». Toutes les citations sans autre indication renvoient à ce chapitre fondateur.
  5. Charles Mangin, La Force noire (Paris : Hachette, 1910). Rédigé alors que Mangin est colonel, l’ouvrage théorise l’utilisation systématique des troupes africaines pour compenser la dénatalité française. Il demeure le texte-source de toute réflexion sur la « mobilisation noire » de 1914--1918.
  6. Marc Michel, L’Appel à l’Afrique. Contributions et réactions à l’effort de guerre en AOF, 1914--1919 (Paris : Publications de la Sorbonne, 1982), 18 ; Joe Harris Lunn, Memoirs of the Maelstrom: A Senegalese Oral History of the First World War (Portsmouth : Heinemann, 1999) ; Gregory Mann, Native Sons: West African Veterans and France in the Twentieth Century (Durham : Duke University Press, 2006), 22--30.
  7. Ndao et Rouyer, Autour des tirailleurs, chapitre cité. Sur les opérations de rachat d’esclaves menées par Faidherbe après 1857, voir Mann, Native Sons, 22--30 : ce mécanisme transformait une servitude (l’esclavage) en une autre (le service armé colonial), révélant la dimension économique du recrutement militaire.
  8. El Hadji Babacar Faye (Général, CHEDS/IDS), contributions analytiques, mars 2026 : « La Légion étrangère française maintient le volontariat encore en vigueur. Le recrutement par les chefs coutumiers a été remplacé par des agences de voyage, des influenceurs avec le même procédé, des intermédiaires contre avantages en nature. La conscription a été remplacée par une tromperie : la réalité est que les victimes s’inscrivent elles-mêmes pour un service qu’elles ignorent. » Ces apports doctrinaux du CHEDS/IDS constituent la contribution empirique de co-auteur à cet article.
  9. Ministère ukrainien des Affaires étrangères, déclaration du ministre Andrii Sybiha, Al Jazeera, 25 février 2026 : « Plus de 1 780 citoyens africains combattent actuellement dans les rangs de l’armée russe, recrutés via des schémas frauduleux orchestrés par Moscou. » Voir aussi : CNN, « African Recruits in Russia’s Military », 4 février 2026 : passeports confisqués, contrats en russe sans traduction, prime de signature de 13 000 dollars jamais honorée.
  10. Peter W. Singer, Corporate Warriors: The Rise of the Privatized Military Industry (Ithaca : Cornell University Press, 2003), 8--15. Singer catégorise les firmes militaires privées selon leur degré de participation directe aux combats (« tip-of-the-spear », « middle-of-the-spear », « back-of-the-spear »), mais son cadre ne couvre pas l’enrôlement individuel de combattants africains par des acteurs étatiques étrangers.
  11. Sarah Percy, Mercenaries: The History of a Norm in International Relations (Oxford : Oxford University Press, 2007), 3--5 ; Christopher Kinsey, Corporate Soldiers and International Security (Londres : Routledge, 2006), 12--18 ; James Cockayne, Regulating Private Military and Security Companies (Tokyo : United Nations University, 2009), 45--62.
  12. Mary Kaldor, New and Old Wars: Organized Violence in a Global Era, 2e éd. (Cambridge : Polity Press, 2001), 69--89. Kaldor distingue les « nouvelles guerres » post-bipolaires par leur économie politique décentralisée, leur recours aux acteurs non étatiques et leur usage des populations civiles comme ressource de guerre plutôt que victime incidente.
  13. Achille Mbembe, « Necropolitics », Public Culture 15, no 1 (2003) : 11--40, spéc. 17--24. Mbembe y développe le concept de nécropolitique --- le pouvoir souverain comme droit de « faire mourir » ou de « laisser vivre » --- en prenant l’Afrique coloniale et post-coloniale pour terrain principal. Son lien avec le mercenariat juvénile africain contemporain est analytiquement direct.
  14. Frantz Fanon, Les Damnés de la terre (Paris : Maspero, 1961), 39--97. Fanon analyse la façon dont le colonialisme constitue le corps du colonisé comme instrument de la violence politique, comme ressource militaire et comme zone de non-droit. Cette lecture demeure indispensable pour penser la logique du corps africain jetable dans les conflits extérieurs.
  15. Les réseaux sociaux ont remplacé les chefs coutumiers comme vecteurs de recrutement. Les contrats mercenaires ont remplacé la conscription coloniale. Les belligérants étrangers ont remplacé les puissances coloniales. Mais le corps africain demeure aussi interchangeable, aussi jetable, aussi politiquement invisible qu’il l’était dans les tranchées de Verdun. --- Ngom & Faye, discussion le recrutement des jeunes africains dans les GTA, inédit, 2026.
  16. International Crisis Group, Foreign Fighters in Libya, Sudan and the Sahel (Bruxelles : ICG, 2024), 5--14 ; ICG, « Libye : Mettre fin à la guerre par procuration », Rapport n° 317 (Bruxelles : ICG, 2021), 12--18.
  17. Bere, M. (2026). Islamist Militant Violence and Counterterrorism in West Africa. https://doi.org/10.4324/9781003734970
  18. ISS Afrique, Sahel : Recrutement forcé et mercenariat dans les groupes armés (Pretoria : Institute for Security Studies, 2024), 7--19. Les filières tchadiennes sont documentées depuis les années 2010, mais leur volume a considérablement augmenté après 2019 avec la montée en puissance des structures Wagner.
  19. ONU-MINUSMA/UNSMIL, Rapports annuels 2023--2025 ; Human Rights Watch, « Sudan: Foreign Fighters Recruited from Sahel », rapport d’étape, janvier 2024. Les Forces de soutien rapide du général Hemeti ont recruté via des réseaux tribaux arabes transfrontaliers actifs depuis les guerres darfouriennes des années 2000.
  20. Kacper Rekawek, Foreign Fighters in Ukraine (Londres : RUSI, 2023) ; « Wagner Recruiting in Mali, Burkina Faso and CAR for Ukraine Operations », Africa Intelligence, 14 mars 2023. Le groupe Wagner a transformé ses réseaux africains d’influence en filières de recrutement pour le front ukrainien, ciblant prioritairement les pays où il dispose déjà d’une présence militaire : Mali, Burkina Faso, RCA.
  21. Firmian, F. M. (2026). Russia's State Capture Strategy in Africa, from Wagner to the Africa Corps. Violence, Coercion, and the Politics of State Capture, 74--101. https://doi.org/10.4324/9781003746355-4
  22. Arduino, A. (2024). Le groupe Wagner rebaptisé Africa Corps : quelles conséquences pour les opérations russes sur le continent ? https://doi.org/10.64628/aaj.arfx6xgk6
  23. Dibocor Philippe Ngom, « Le Chaos comme Business », Revue Vision Géopolitique, CIS-Paix, 2025 ; Ngom, « Sommes-nous capables de réévaluer notre environnement géopolitique pour décider plus lucidement ? », Revue Vision Géopolitique, CIS-Paix, 2025.
  24. Jean-Hervé Jezequel, « Militants, Gangsters, or Victims? Making Sense of Armed Group Recruitment in the Sahel », Crisis Group Commentary, 17 juillet 2020 ; ISS Afrique, Sahel : Recrutement forcé, 20--27. L’analyse distingue trois catégories de recrues sahéliennes : les convaincus idéologiques (minoritaires), les recrutés économiques (majoritaires), et les contraints par la violence directe (significatifs dans les zones de contrôle territorial).
  25. Ume, C. (2026). Using a regional climate model and a machine learning algorithm for farmer - herder conflict prediction in the Sahel region. https://doi.org/10.14293/pr2199.003115.v1
  26. Banque mondiale, Perspectives économiques mondiales : Afrique subsaharienne (Washington : Banque mondiale, 2025), §§ 3.1--3.4. Dans les États sahéliens les plus fragiles, le taux de chômage des 15--35 ans est estimé entre 55 % et 70 % dans les zones urbaines secondaires. Dans les zones rurales affectées par les conflits, la notion même d’emploi formel est structurellement absente.
  27. Selon les données de la Banque mondiale, le taux de chômage dépasse 60 % chez les 15--35 ans dans plusieurs États sahéliens. Dans les zones rurales en conflit, la notion même d’emploi formel est structurellement absente. Cette réalité n’est pas un simple arrière-plan : elle est la condition structurelle de production du mercenariat juvénile.
  28. Ghana Statistical Service, Labour Force Report Q3 2025 : taux de chômage des jeunes de 15--24 ans atteignant 49,3 % dans le Grand Accra. 754 000 jeunes sans emploi. 1,25 million de NEET (ni en emploi, ni en éducation, ni en formation). Pour le Sénégal : taux NEET de 34,4 % chez les 15--24 ans au Q1 2024, montant à 43,8 % en milieu rural. 90 % des jeunes sénégalais dans l’économie informelle (ANSD, Enquête nationale sur l’emploi au Sénégal, 2024).
  29. Il sied de noter que plus de 60 % de taux de chômage chez les 15--35 ans dans plusieurs États sahéliens (Banque mondiale, 2025). Dans les zones rurales en conflit, la notion d’emploi formel est structurellement absente. Cette réalité n’est pas un contexte --- c’est la condition de production du mercenariat juvénile.
  30. Johan Galtung, « Violence, Peace and Peace Research », Journal of Peace Research 6, no 3 (1969) : 167--191, spéc. 171. La violence structurelle est définie comme une configuration sociale qui produit des inégalités évitables --- « quand des ressources sont inégalement distribuées et que le pouvoir décide de cette distribution ».
  31. Kwame Nkrumah, Neo-Colonialism: The Last Stage of Imperialism (Londres : Nelson, 1965), xi--xix. L’analyse de Nkrumah sur le maintien de structures économiques extraverties après les indépendances conserve une pertinence directe pour comprendre pourquoi l’absence d’industrialisation africaine produit les cohortes de jeunes disponibles pour le mercenariat.
  32. Deborah Avant, The Market for Force: The Consequences of Privatizing Security (Cambridge : Cambridge University Press, 2005), 13--27 ; Cockayne, Regulating Private Military and Security Companies, 45--62. La « market logic » de la sécurité privatisée repose fondamentalement sur le transfert du risque politique vers des acteurs non imputables.
  33. Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS**)**, rapport de mars 2025, cité dans *Africa Defense Forum* : comparaison des modèles russe et chinois en Afrique.
  34. Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH**)**, rapport annuel 2024 sur les contingents syriens transférés au Sahel ; voir également « Turkish PMC Sadat Competes for Sahel Influence », *Africa Defense Forum (USAFRICOM)*, juillet 2024.
  35. Conseil de sécurité des Nations unies, *Rapports du Groupe d’experts sur le Soudan et la Libye : violation des embargos et flux financiers transférés aux réseaux de milices*, New York, ONU, 2024-2025.
  36. Protocole additionnel I aux Conventions de Genève du 12 août 1949, article 47, 8 juin 1977. Les six conditions cumulatives sont : (a) spécialement recruté pour le conflit ; (b) participant directement aux hostilités ; (c) motivé essentiellement par le gain privé ; (d) rémunéré nettement supérieurement aux combattants nationaux ; (e) ni ressortissant, ni résident du territoire en conflit ; (f) non envoyé par un État tiers en mission officielle.
  37. Convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires, Assemblée générale des Nations Unies, résolution 44/34, 4 décembre 1989, entrée en vigueur le 20 octobre 2001.
  38. Rapport du Groupe de travail des Nations Unies sur l’utilisation de mercenaires, A/HRC/42/45 (Genève : Haut-Commissariat aux droits de l’homme, 2019), §§ 23--58, spéc. § 44 : « Les instruments juridiques existants ne correspondent plus aux réalités contemporaines du recrutement de combattants dans les conflits armés. »
  39. Mann, Native Sons, 115--142. Mann documente précisément l’effet déstabilisateur du retour des anciens combattants de la Première Guerre mondiale : porteurs d’armes, de traumatismes et d’une conscience politique nouvelle --- les « tirailleurs revanchards » ont alimenté les premiers nationalismes africains tout en constituant une source d’instabilité locale.
  40. Joseph Ki-Zerbo (dir.), Éduquer ou périr : impasses et perspectives africaines (Paris : UNICEF/L’Harmattan, 1990), 7--22. L’analyse de Ki-Zerbo sur l’échec des systèmes éducatifs africains à produire des citoyens capables de transformer leur société demeure d’une actualité saisissante soixante-cinq ans après les indépendances.
  41. L’expression « souveraineté humaine » désigne ici la capacité effective d’un État à exercer un contrôle sur l’utilisation de ses ressources humaines, y compris à empêcher leur enrôlement par des acteurs extérieurs sur son propre sol. Elle prolonge et spécifie la notion de souveraineté telle que définie par la Charte des Nations Unies (art. 2, § 1) en l’appliquant à la ressource humaine comme dimension constitutive du pouvoir souverain, au même titre que le contrôle territorial, monétaire ou naturel.
  42. Voir à ce sujet : Paul D. Williams, War and Conflict in Africa (Cambridge : Polity Press, 2011), 134--158 ; Comfort Ero, « Vigilance over Africa’s Armies », International Peace Academy Policy Brief, 2003. Les deux études documentent les lacunes doctrinales récurrentes des armées africaines face aux phénomènes transfrontaliers et aux acteurs armés non étatiques.
  43. Le G5 Sahel, dans ses documents fondateurs de 2014--2017, ne comporte aucune disposition relative à la protection des ressortissants nationaux contre le recrutement mercenaire. La CEDEAO, dans ses protocoles sur la libre circulation (1979, révisé 1990), n’a pas anticipé les usages mercenaires de cette liberté de mouvement. Ce vide doctrinal est documenté dans : ISS Afrique, Le G5 Sahel : défis et perspectives (Pretoria : ISS, 2019), 42--47.
  44. Union africaine, Rapport du Conseil de paix et de sécurité sur le mercenariat en Afrique, PSC/PR/BR.(DCCCLXXVIII) (Addis-Abeba : UA, 2020). Le rapport constate l’absence de doctrine formelle et appelle les États membres à légiférer spécifiquement sur le mercenariat juvénile, sans créer d’obligation contraignante.
  1. Agence nationale de la statistique et de la démographie. (2024). Enquête nationale sur l’emploi au Sénégal: Premier trimestre 2024. https://www.ansd.sn/sites/default/files/2024-07/Rapport_enes_T1_2024_VF.pdf
  2. Avant, D. D. (2005). The market for force: The consequences of privatizing security. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9780511490866
  3. Bere, M. (2026). Islamist militant violence and counterterrorism in West Africa. https://doi.org/10.4324/9781003734970
  4. Cockayne, J. (2008). Regulating private military and security companies: The content, negotiation, weaknesses and promise of the Montreux Document. Journal of Conflict & Security Law, 13(3), 401–428. https://doi.org/10.1093/jcsl/krp006
  5. Echenberg, M. J. (1991). Colonial conscripts: The Tirailleurs Sénégalais in French West Africa, 1857–1960. Heinemann; James Currey. https://archive.org/details/colonialconscrip00eche
  6. Fanon, F. (1961). Les damnés de la terre. François Maspero.
  7. Firmian, F. M. (2026). Russia’s state capture strategy in Africa, from Wagner to the Africa Corps. Violence, Coercion, and the Politics of State Capture, 74–101. https://doi.org/10.4324/9781003746355-4
  8. Galtung, J. (1969). Violence, peace, and peace research. Journal of Peace Research, 6(3), 167–191. https://doi.org/10.1177/002234336900600301
  9. Ghana Statistical Service. (2025). Quarterly labour force survey: Third quarter 2025. https://statsghana.gov.gh/publications/survey-reports
  10. International Committee of the Red Cross. (1977). Protocol Additional to the Geneva Conventions of 12 August 1949, and relating to the protection of victims of international armed conflicts (Protocol I), Article 47. https://ihl-databases.icrc.org/en/ihl-treaties/api-1977/article-47/commentary/1987
  11. Kaldor, M. (2006). New and old wars: Organized violence in a global era (2nd ed.). Polity. https://eprints.lse.ac.uk/12224/
  12. Ki-Zerbo, J. (Ed.). (1990). Éduquer ou périr: Impasses et perspectives africaines. UNICEF/UNESCO; L’Harmattan. https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000086747_fre
  13. Kinsey, C. (2006). Corporate soldiers and international security. Routledge. https://doi.org/10.4324/9780203018354
  14. Lunn, J. H. (1999). Memoirs of the maelstrom: A Senegalese oral history of the First World War. Heinemann; James Currey; David Philip. https://www.heinemann.com/products/memoirs-of-the-maelstrom-e00138.aspx
  15. Maïga, I., Cilliers, J., Welborn, L., Kwasi, S., & Donnenfeld, Z. (2019). Perspectives pour les pays du G5 Sahel à l’horizon 2040. Institute for Security Studies. https://issafrica.org/fr/recherches/rapport-sur-lafrique-de-louest/perspectives-pour-les-pays-du-g5-sahel-a-lhorizon-2040
  16. Mangin, C. (1910). La force noire. Hachette. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75022x
  17. Mann, G. (2006). Native sons: West African veterans and France in the twentieth century. Duke University Press. https://doi.org/10.1215/9780822387817
  18. Michel, M. (1982). L’appel à l’Afrique: Contributions et réactions à l’effort de guerre en A.O.F., 1914–1919. Publications de la Sorbonne. https://books.google.fr/books?id=VuNmAAAAMAAJ
  19. Nkrumah, K. (1965). Neo-colonialism: The last stage of imperialism. Thomas Nelson & Sons. https://www.marxists.org/subject/africa/nkrumah/neo-colonialism/
  20. Percy, S. (2007). Mercenaries: The history of a norm in international relations. Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780199214334.001.0001
  21. Singer, P. W. (2003). Corporate warriors: The rise of the privatized military industry. Cornell University Press. https://archive.org/details/corporatewarrior00sing
  22. United Nations. (1945). Charter of the United Nations. https://www.un.org/en/about-us/un-charter/full-text
  23. United Nations General Assembly. (1989). International Convention against the Recruitment, Use, Financing and Training of Mercenaries (Resolution 44/34). https://legal.un.org/avl/ha/icruftm/icruftm.html
  24. United Nations Human Rights Council. (2019). Relationship between private military and security companies and the extractive industry from a human rights perspective: Report of the Working Group on the use of mercenaries (A/HRC/42/42). https://docs.un.org/en/A/HRC/42/42
  25. Ume, C. (2026). Using a regional climate model and a machine learning algorithm for farmer–herder conflict prediction in the Sahel region. https://doi.org/10.14293/pr2199.003115.v1
  26. Williams, P. D. (2011). War and conflict in Africa. Polity. https://openlibrary.org/books/OL29164027M/War_and_Conflict_in_Africa

Les auteurs ont contribué à parts égales.

Les auteurs n’ont reçu aucun financement spécifique pour ce travail.

Les auteurs ne déclarent aucun conflit d’intérêts.

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